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Ce qui se JOUE au royaume des SAOUD

Le prince Mohammed ben Salmane, qui s’apprête à prendre le pouvoir en Arabie saoudite en remplacement de son père malade, a procédé à des arrestations massives de princes et de hauts responsables, accusés de corruption, dans le but de préparer le pays à son accession au trône et de lui donner une nouvelle orientation. Mais qu’en est-il vraiment? Entre arrestations de hauts dignitaires saoudiens, princes, hommes d’affaires d’envergure internationale et enfin la présence plus ou moins voulue du Premier ministre libanais, Saad Hariri, à Riyad, le jeune prétendant au trône du royaume des Saoud, Mohammed ben Salmane, a provoqué une sorte de tsunami qui interpelle tous les observateurs qui essayent de comprendre l’évolution de ce pays, compte tenu de son poids et de son influence, et vu les répercutions qu’il aura sur la stabilité de la région, voir du monde.

Depuis le pacte du Quincy scellé le 14 février 1945 sur le croiseur USS Quincy entre le roi Ibn Saoud, fondateur du royaume d’Arabie saoudite, et le Président américain Franklin Rossevelt, d’une durée de 60 ans, renouvelé pour une même période en 2005 par le Président George W. Bush, les deux (2) pays travaillent en étroite collaboration, aussi bien sur les plans économique et politique, que militaire et stratégique. Rien ne se passe dans le royaume sans que Washington n’en soit informé auparavant. Toutefois,  l’Arabie Saoudite a pris ses distances avec son allié américain au début de l’année 2013, en réponse à la non-intervention militaire du pays dans la guerre civile syrienne et au rapprochement irano-américain qui fait suite à l’élection d’Hassan Rohani à la présidence de la République islamique. Cependant, comme les centres de pouvoirs et de décision aux États-Unis sont multiples et variés, l’influence sur le cours des choses en Arabie saoudite dépend étroitement de la faction qui est aux manettes à la Maison-Blanche, et de ses alliances dans le royaume. À ce titre, il est judicieux d’éclairer ce qui se passe en Amérique, depuis l’élection de Donald Trump à la Maison-Blanche, avant de se pencher sur ce qui se passe à Riyad.

Ne nous trompons pas. Donald Trump, multimilliardaire, n’est pas un homme du peuple, il est issu de l’oligarchie américaine, cependant, il est farouchement opposé à l’establishment américain mondialiste, qu’il accuse d’avoir transformé les États-Unis en puissance impériale en la lançant dans des guerres sans fin, qui ont conduit le pays à la faillite. Rappelant que selon les chiffres officiels américains, les guerres d’Afghanistan, d’Irak et de Syrie, ont couté environ 4.300 milliards de dollars aux contribuables, somme qui a été, de toute évidence, captée par les grands patrons du complexe militaro-industriel. Sans oublier le démantèlement de l’industrie américaine, délocalisée vers la Chine essentiellement et les autres pays asiatiques. En s’attaquant à cet empire mondialiste, et en dénonçant ses abus, Donald Trump a endossé le costume d’«homme pour le peuple». Au sommet des Values Voter, qui s’est tenu du 13 au 15 octobre à l’Omni Shoreham Hotel de Washington, Steve Bannon, l’ancien conseiller de Trump, forcé à la démission, cependant présent à la rencontre à la demande de ce dernier, s’est lancé dans une attaque en règle contre ces élites «corrompues et incompétentes» dont Hillary Clinton est l’égérie, en les accusant d’avoir ruiné le pays et de monter une cabale contre le Président dans le but de le détruire.

Dès son investiture, en étant fidèle à son slogan de compagne Make America Great Again, il met fin à la politique de changement de régimes par la force, au Proche-Orient en particulier, change de position envers la Syrie et engage une bataille pour l’endiguement des mouvements islamistes et du terrorisme djihadiste. Sa première action a été la réforme du Conseil de sécurité nationale, dans laquelle il a coupé les ailes de la CIA, l’outil des mondialistes dans leurs opérations clandestines à l’étranger, en lui assignant uniquement un rôle de renseignement et de conseil du Président. Il réoriente sa politique extérieure vers une désescalade avec la Russie, la Chine et la Turquie en aidant à l’éradication du terrorisme en Syrie. Ce n’est certainement pas facile, son opposition à l’état profond américain n’est pas sans risque et sans quelques concessions, comme le montrent ses positions envers l’Iran. Rappelant que quelques jours auparavant, le Sénat américain, pourtant dominé par les Républicains, avait introduit une résolution portant sur la destitution de Donald Trump.

Lors de sa visite en Arabie saoudite, le 21 mai dernier, le Président américain avait tenu des propos très clairs à l’égard du terrorisme, dont les répercussions sur le comportement de ce pays et les pays de la région ne se sont pas fait attendre. «C’est un choix entre deux futurs, et c’est un choix que l’Amérique ne peut pas faire pour vous. Un meilleur avenir n’est possible que si vos nations rejettent les terroristes et les extrémistes. Mettez les dehors. Mettez-les hors de vos lieux de culte. Mettez-les hors de vos communautés. Mettez-les hors de votre terre sainte. Mettez-les hors de notre terre», avait déclaré le Président. Suite aux tractations qui ont eu lieu lors de cette visite, les Saoudiens, ainsi que leurs alliés du Golfe à l’exception du Qatar, auraient compris que la Maison-Blanche venait de sonner la fin de la partie, et qu’elle allait imposer un changement de cap dans la région. Plus de terrorisme, plus de djihadistes, et surtout pas de changement de régime en Syrie. Évidemment, suite à ça, les Saoudiens tous comme leurs alliés ont perdu sur tous les fronts. Tous les conflits, tous les dossiers dans lesquels ils se sont engagés dans la région, et pour lesquels ils ont dépensé beaucoup de milliards, sont tombés à l’eau. La Syrie, le Yémen et l’Iran  sont sortis vainqueurs en finale, avec l’appui de la Russie et de la Turquie. C’est à la lumière de ses changements majeurs dans la politique extérieure américaine, l’intervention décisive de la Russie dans le conflit syrien, qui a radicalement changer la donne, en fédérant les efforts des autres pays que sont l’Iran, l’Irak et dernièrement la Turquie, en plus de la course au pouvoir du jeune prince, qu’il faut analyser ce qui se passe en Arabie saoudite.

Avant d’aller dans le vif du sujet, commençons par rappeler l’évènement diplomatique majeur de ces dernières semaines qu’est la visite, pour la première fois, du roi Salman  à Moscou, hautement symbolique, vu que la Russie est l’un des acteurs majeurs de la défaite du terrorisme en Syrie. Cette rencontre avec le Président Poutine  signe un important bouleversement dans la politique extérieure de l’Arabie saoudite, qui cherche à se repositionner, suivant la nouvelle donne dans la région, en tissant des liens stratégiques avec la Russie, chose qui lui permettra d’équilibrer l’influence américaine dans le futur. Mohammed ben Salmane, qui montera très probablement prochainement sur le trône, aurait décidé de profiter de l’occasion, de la main tendue que lui offre l’administration américaine et du changement de la donne dans la région autour de la Russie, pour liquider ses rivaux et assoir son pouvoir, en faisant avancer l’argument, en outre valable, que ce sont les gens qu’il a arrêtés, alliés des mondialistes anglo-américains, qui ont mené le pays à la faillite économique, militaire et diplomatique. Le prince a aussi fait arrêter tous les prédicateurs religieux qui servaient d’idéologues au terrorisme, et qui travaillaient en connivence avec les autres détenus.

Rappelons que parmi les personnalités arrêtées, on compte le prince Walid ben Talal, qui s’est opposé publiquement à l’élection de Donald Trump, dont ce dernier a salué l’arrestation, ainsi que les princes Bandar ben Sultan et Turki Al Fayçal, les architectes du contrat d’Al Yamamah avec le gouvernement britannique de l’époque, et dont les dividendes ont servi à financer le terrorisme dans le monde. Cependant l’Arabie saoudite n’a pas lâché du lest à Trump sur tous les dossiers. Celui de l’Iran, par excellence, et du Hezbollah au Lian. Les Saoud ont cherché, pour l’instant en vain, à les déstabiliser en tentant de créer une guerre civile au Liban, par la présence plus ou moins acceptée de son Premier ministre Saad Hariri, qui a même consenti à démissionner en Arabie. Ce dernier, à son retour dans son pays, a annoncé la suspension de sa démission. Les Saoudiens se sont aussi attaqués au Qatar, à qui ils ont imposé un embargo, pour les relations qu’il continue d’entretenir avec les Frères musulmans, ainsi que l’Iran. Les nouvelles informations portant sur la torture que subiraient les personnes arrêtées, à qui on a confisqué la bagatelle de 800 milliards de dollars, plus le danger des missiles houthis qui peuvent à tout moment s’abattre sur Riyad, rendent la situation tendue et incertaine dans ce pays.

 

Le roi Ibn Séoud d’Arabie Saoudite (Dr) assiste à la Mecque, le 19 mars 1954 en compagnie de ses plus jeunes fils armés de sabres et de poignards

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