Sur la plage de Wakh Niominka, à Kaolack, le Tourou Mbossé réunit des participants venus de plusieurs quartiers de la ville. Vêtus en majorité de blanc et accompagnés par un dispositif policier, ils prennent part à une cérémonie présentée comme un rendez-vous culturel majeur de la capitale du Saloum.

Le rituel est consacré à la mémoire de Mbossé Coumba Djiguène, considérée dans la tradition locale comme une figure tutélaire de Kaolack. Cette mémoire est associée au varan, désigné sous le nom de « Bar Mbossé », auquel une place particulière est accordée dans l’imaginaire de la cité.

Un récit transmis par les descendants

Selon le récit conservé par les descendants, Mbossé Coumba Djiguène serait issue de la lignée des Ndiégadoum. La tradition rapporte que son grand-père, un Lamane de l’ancienne aristocratie terrienne sérère, serait parti du Baol vers le Saloum, où il aurait été accueilli par le roi Mbégane Ndour.

Sa mère, Ndjira, se serait ensuite établie à Kaolack, près du bras de mer. C’est dans ce cadre aquatique que s’inscrit le récit attribuant à Mbossé la faculté de prendre la forme d’un varan pour se déplacer dans l’eau, puis de retrouver une apparence humaine pour se rendre au marché.

Offrandes, prières et devoir de transmission

Organisé chaque année durant la première semaine d’août par les descendants de Mbossé, le Tourou Mbossé comprend des offrandes de lait caillé et de galettes de mil. Des prières sont également formulées pour les participants, Kaolack et le Sénégal.

Pour les responsables de la cérémonie, l’enjeu est de préserver un héritage ancestral et d’en assurer la continuité auprès des jeunes générations. La directrice du Centre culturel régional, Diouma Seck, souligne notamment l’importance de mieux faire connaître cette histoire et cette culture locales.

Les femmes au cœur du rituel

La transmission de la cérémonie s’effectue principalement par la lignée féminine. D’après un membre de la famille, les femmes détiennent le savoir rituel et assurent la continuité de cette pratique. Le Tourou Mbossé est ainsi aussi présenté comme un espace de conservation d’une mémoire familiale, de récits, de lieux et d’interdits transmis de génération en génération.