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DES ORGANISATIONS FÉMININES DE BASE SI PROCHES DE LA POLITIQUE

 Militantes d’une plus grande participation de la gent féminine à l’économie et aux affaires sociales, de nombreuses femmes se sont ensuite presque naturellement retrouvées dans des mouvements citoyens, si elles n’ont simplement pas rejoint les rangs des partis politiques, lesquels profitent de manière ambigüe de leurs capacités de mobilisation, sans forcément leur renvoyer l’ascenseur comme elles pouvaient s’y attendre.

Les pionnières dans ce domaine sont parties, à l’époque coloniale, des mobilisations pour l’indépendance pour investir toutes les luttes politiques et sociales jusqu’à celles plus actuelles de l’égalité de genre et de promotion intégrale de la femme au sein de la société. Malgré les évolutions contradictoires qui renseignent sur l’importance des enjeux, le militantisme féminin semble intact, les femmes continuant de se mobiliser pour améliorer leurs conditions de vie et exiger leurs droits dans la société.

“Il y a plusieurs décennies, des organisations féminines ont vu le jour. Certaines icônes de ces organisations, dont Annette Mbaye d’Erneville, et Maimouna Kane, sont encore là”, rappelle la présidente du Conseil sénégalais des femmes (COSEF), Rokhyatou Gassama. Selon elle, ces femmes intellectuelles ont mené de nombreux combats au péril de leur vie, de leur mariage et de leur situation sociale. Elles ont lutté pour l’amélioration de la situation économique des femmes, leur autonomie financière, l’éveil des consciences chez les femmes, le renforcement de leurs capacités, la préservation des liens de solidarité, l’alphabétisation, entre autres questions.

La participation des organisations féminines du Sénégal à la prise en charge de ces questions “est très importante. La loi sur la parité n’est pas seulement le combat de cette génération, mais celui de plusieurs autres”, précise Mme Gassama. “Les organisations de femmes ont marqué tous les secteurs d’activité de leur empreinte. Une empreinte indélébile, avec énormément de souffrances, de contraintes et de pertes”, a-t-elle souligné.

“Le COSEF n’est ni politique, ni instrumentalisé” 

Le COSEF, créé en 2004, milite pour un Sénégal où hommes et femmes participent à la prise des décisions, pour un développement durable, selon sa présidente. “C’est une organisation de la société civile qui n’est pas politique, mais qui travaille avec les politiques. Nous ne sommes membres d’aucun parti politique. Et pourtant, les femmes qui dirigent cette organisation sont en politique”, explique sa présidente.

Elle a donné en exemple l’ancienne présidente Ndèye Lucie Cissé, sixième vice-présidente de l’Assemblée nationale et présidente du mouvement des femmes du Parti de l’indépendance et du travail (PIT). Comme Mme Cissé, plusieurs ex-présidentes du COSEF ont milité dans des partis politiques : Hawa Dia Thiam (“Yoonu Askan Wi”), Aminata Faye Kassé (PIT), entre autres. “Je suis fondamentalement de la société civile”, précise l’actuelle présidente du COSEF, assurant que son organisation n’est pas instrumentalisée par les politiques.

La Fédération des associations de femmes du Sénégal (FAFS), organisation créée en 1977 par la journaliste Annette Mbaye d’Erneville, sur la base de sept autres associations féminines de l’époque, fait valoir un point de vue quelque peu identique. “Je suis contre l’idée que les associations féminines ne font pas de la politique. Nous faisons toutes de la politique, mais c’est la politique de développement qui domine”, soutient Ndiouck Mbaye, présidente de la FAFS, qui est constituée de 450 associations basées dans les départements du pays.

Mme Mbaye rappelle que la structure qu’elle dirige est “la première organisation féminine créée au Sénégal par des femmes intellectuelles”, sous le règne du premier président sénégalais, Léopold Sédar Senghor (1960-1980). “Aujourd’hui, toutes les couches sociales s’y retrouvent pour travailler et réfléchir ensemble, de manière solidaire, sur la situation de la femme et y apporter des solutions, pour faire la promotion de la femme, pour l’émergence du pays”, dit-elle, derrière son bureau embellie des photos de plusieurs responsables de la FAFS, au siège de la structure, à Sacré-Cœur 3, à Dakar.

La FAFS bénéficie de certains privilèges dont un siège au Conseil économique, social et environnemental (CESE). “Mais nous ne faisons pas de la politique”, a insisté cette conseillère municipale à Kaolack, une commune du centre du Sénégal. Ndiouck Mbaye assure que “la FAFS mène beaucoup” d’activités sociales et ne compte pas se détourner de ses objectifs premiers. “Notre bilan est positif. Nous sommes exemplaires. Nous avons travaillé sur le Sida. Nous avons financé des femmes. Nous avons beaucoup travaillé sur le volet social, ce que nous faisons jusqu’à présent”, dit-elle.

“Je fais de la politique et je l’assume” 

Si la FAFS qu’elle dirige se veut apolitique, Mme Mbaye ne cache pas son engagement politique et son soutien à l’Alliance pour la République, le parti au pouvoir, à travers la Fédération nationale des femmes rurales du Sénégal, une structure qu’elle a mise en place en 2004. Cette association constituée de 302.000 femmes milite pour la réélection du président Macky Sall en 2019. “Je fais de la politique. Nous le soutenons parce que durant l’hivernage, le président nous donne des intrants agricoles : des semences, de l’engrais et des tracteurs, dont on a besoin pour entretenir nos cultures”, justifie-t-elle.

“En réalité, je crois qu’aucune association ne peut prospérer sans faire de la politique. On ne peut pas bénéficier du soutien de quelqu’un et ne rien lui donner en retour”, lance Ndiouck Mbaye, sourire en coin. La présidente du Réseau des jeunes femmes entrepreneures du Sénégal (REJEFE), Fatoumata Fall, reformule la question autrement : “Aujourd’hui, affirme-t-elle, dès qu’une association travaille sur des problématiques, même si elle ne fait pas la politique politicienne, elle fait de la politique de développement.”

“Nous voulons aider notre pays à se développer, la politique nous intéresse forcément”, tranche Mme Fall, s’empressant d’ajouter que la structure qu’elle dirige demeure malgré tout “apolitique”. Les membres du REJEFE, dont le bureau se trouve en plein centre-ville de Dakar, ne sont militants d’”aucun parti politique, mais néanmoins, nous sommes intéressées de savoir qui dirige notre pays. Nous sommes patriotes et citoyennes”, insiste Fatoumata Fall, rappelant que l’objectif du réseau est de faire la promotion de l’entrepreneuriat féminin.

 ‘’Nos membres font individuellement de la politique’’ 

A Thiaroye Azur, dans la grande banlieue dakaroise, la conseillère de l’Union nationale des femmes coopératrices du Sénégal (UNFCS), Amsatou Thiaw Cissé, assure également de la neutralité de sa structure, “apolitique” comme les précédentes. “Nous ne militons pour aucun parti, mais nos membres soutiennent individuellement” des partis, précise-t-elle.

Des Sénégalais rencontrés au hasard des rues de Dakar donnent leur avis sur les organisations féminines. Ils semblent partagés sur la perception que l’on peut avoir de ces organisations féminines et de leurs actions.
Ngagne Fall, rencontré Place de l’indépendance, près du ministère des Affaires étrangères, estime qu’il y a une différence perceptible entre les organisations féminines engagées dans les actions de développement et celles dites citoyennes.

“Ces dernières ont le privilège de se rapprocher de l’Etat. C’est souvent elles qui sont beaucoup plus intéressées ou susceptibles d’être récupérées politiquement par l’Etat. Les autres organisations exclusivement consacrées au développement n’ont pas ce problème”, soutient-il. Le cinquantenaire ajoute, réajustant la monture de ses lunettes, que “les dirigeantes récoltent les dividendes” que ces organisations peuvent éventuellement tirer de leur rapprochement avec les politiques.

“Si le parti au pouvoir sent qu’il y a beaucoup de monde derrière un mouvement féminin, il va tout faire pour avoir la tête de la structure, c’est-à-dire sa présidente, sa coordonnatrice, etc.”, argumente-t-il, avant de donner en exemple la configuration actuelle du CESE. “Il y a beaucoup de femmes qui sont là-bas, qui avaient dirigé des mouvements citoyens. Compte tenu de leur poids en termes de membres, l’Etat essaie de faire un petit rapprochement en les nommant” au sein de ces instances, analyse-t-il.

Selon M. Fall, les membres simples de ces structures “ne posent pas problème, mais ce sont les dirigeantes qui récoltent les fruits d’un rapprochement avec les pouvoirs publics ou d’autres organisations politiques”. La dimension politique des organisations féminines “est réelle dans la mesure où l’Etat s’est doté d’un ministère de tutelle pour mieux accompagner leur structuration, notamment en matière de renforcement des capacités de gestion et des modes de financement”, fait observer Ibrahima Bâ, se détournant un moment de la discussion qu’il entretient via le réseau social WhatsApp.

M. Bâ estime que “la place de la politique est mieux marquée au sein des groupements féminins, dont certains sont dirigés, voire contrôlés, par des femmes militantes de partis politiques”. Avec la multiplication, selon lui, de chartes et conventions internationales sur le genre, “les politiques ont très tôt compris l’importance d’avoir des structures féminines dynamiques en leur sein”, poursuit M. Bâ. “C’est doublement gagnant, les femmes organisées en groupements d’intérêt économique font du développement et gagnent leur vie”, les politiques de leur côté “trouvent dans ces structures un potentiel électoral et de mobilisation non négligeable”, conclut Ibrahima Bâ.

Source : APS

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