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Doudou Keinde Mbaye, chantre Tidiane : « Abdoul Aziz Sy Al Amine, un homme d’une grande serviabilité »

Doudou Keinde Mbaye, panégyriste et chantre reconnu de la confrérie tidiane, est de ceux qui ont la légitimité de porter des témoignages sur la descendance d’El Hadj Malick Sy. Ses ascendants ont cheminé avec cette illustre famille religieuse. Et quand il a fallu perpétuer la tradition, il a assumé son destin. Le fils d’El Hadj Mbaye Dondé a côtoyé ces hommes de Dieu. C’est avec une profonde admiration qu’il revient sur la vie et l’œuvre fascinante de l’un d’eux : Abdoul Aziz Sy Al Amine.

Abdoul Aziz Sy « Al Amine » est un homme d’une rare serviabilité. Il a servi sa communauté, sa famille, ses amis et des inconnus. Sa proximité avec son illustre père, Serigne Babacar Sy, qui l’a vu, de son propre témoignage, que quand il a commencé à marcher, y a sans doute beaucoup contribué. A l’époque, le premier khalife de Seydi El Malick Sy faisait la navette entre Saint-Louis et Tivaouane. Sokhna Astou Kane, la mère d’Al Amine, était alors à Tivaouane.

Abdoul Aziz Sy a appris le Coran sous la direction de son père, de ses frères Cheikh Ahmed Tidiane Sy et Serigne Mansour Sy, de Serigne Alioune Guèye et bien d’autres érudits. Mais, un matin, Serigne Babacar Sy lui dit ceci : « Abdoul Aziz, je risque d’interrompre tes études afin que tu sois près de moi pour m’assister dans le service de la maison ». Ce qui avait surpris un de ses amis, Gorgui Babacar Diop. Serigne Babacar le rassura en lui indiquant que la connaissance n’est qu’une porte. Et une fois qu’on l’a trouvée, les voies sont dégagées.

Complicité avec Serigne Babacar Sy

Dès l’âge de 16 ans, il a été responsabilisé. Il a toujours accompli cette mission que lui avait confiée son père jusqu’à son rappel à Dieu.   Il a toujours été au service de la maison de Serigne Babacar Sy. Il nous a dit un jour qu’il était à son service dès les premiers feux de l’aurore jusqu’à ce qu’il fût comblé et lui demandât d’aller se reposer. Aux environs de minuit, de ses propres mots, son père lui disait de prendre un tapis de prière et de venir avec lui jusqu’à un endroit qui lui convenait dans Tivaouane.  Serigne Abdoul Aziz y revenait à l’aube. Serigne Babacar aimait à dire que ce fils serviable a été façonné par le Seigneur pour l’assister dans sa mission. C’était un homme d’une grande probité morale. Son père lui a une fois confié une forte somme d’argent enfermée dans une enveloppe. Il s’écoula des années sans qu’il la lui réclamât. Le jour qu’il le fit, Al Amine lui remit l’argent glissé dans la même enveloppe de couleur kaki. Il disait que beaucoup d’hommes ont été perdus par l’argent et la femme. Cette proximité a fait qu’à la disparition de son père, ses frères n’ont pas hésité à lui confier la charge de la maison comme ce dernier l’avait fait de son vivant. Ce fardeau requiert de la patience, de la générosité, de l’ouverture et beaucoup de sacrifices. Et il en a consenti tout au long de son existence terrestre.

Une âme serviable

A l’endroit d’« Al Amine », un homme affirmait qu’il était déjà Khalife avant son intronisation, tellement qu’il donnait de sa personne pour le rayonnement de l’Islam, la réussite de l’autorité spirituelle de la communauté. Il était le maître d’œuvre du Maouloud. Il estimait que pour rendre service à la communauté, à l’Islam, à la Tidianiya, à la famille, il faut s’imposer des privations. Sa philosophie était de servir. Il afficha le même dévouement sous l’autorité de son homonyme et oncle Abdoul Aziz Sy « Dabakh », de ses frères Serigne Mansour Sy « Borom Daradji » et Cheikh Ahmed Tidiane Sy « Al Maktoum ». Ce dernier, après son intronisation, n’a pas jugé nécessaire de sortir de sa retraite spirituelle estimant que son dévoué jeune frère était digne de confiance pour suivre ses directives et accomplir convenablement la mission que lui confiait le destin.

Abdoul Aziz Sy Al Amine est d’une générosité sans égale. Tous les deux mois, il avait une facture d’électricité qui tournait autour de 7 millions FCfa parce que la maison de Serigne Babacar Sy était ouverte à tout le monde, à tous les ménages, aux commerçants…100 kg de riz et de mil sont cuisinés tous les jours dans ce qui est communément appelé « Waagnou Serigne Babacar » (« cuisine de Serigne Babacar ») où des hôtes, des démunis…viennent assouvir leur faim. Avant son rappel à Dieu, il avait déjà distribué les bœufs pour la célébration d’Achoura car conscient de l’imminence de son départ vers d’autres horizons. Abdoul Aziz Sy « Al Amine » s’occupait aussi des malades. A chaque fois qu’il était mis au courant de l’incommodité d’un membre de la Khadra, où qu’il se trouve, qu’il soit Muqaddam ou talibé, il veillait à ce qu’il soit bien pris en charge. C’est un nommé Babacar Kébé qui s’enquérait de l’état de santé du malade et le tenait au courant des frais nécessaires à sa prise en charge. Il l’assistait sans geindre et sans en parler. J’en sais quelque chose parce qu’il a assisté mon défunt père, El Hadj Mbaye Dondé. Il aimait à dire que la maison de Serigne Babacar est un Etat sans budget.

Lors de la dernière célébration de la Tabaski, il a dépensé 35 millions de FCfa destinés à l’achat de moutons pour des démunis. Malgré son état de santé, il s’est déplacé pour voir les bêtes et s’assurer qu’elles sont de qualité. Après la prière de 14 heures, il lui arrivait de rester à la mosquée Serigne Babacar jusqu’à 16 heures pour répondre aux sollicitations des âmes en peine malgré sa santé chancelante. En y venant, il remplissait ses poches de billets de banque. Un jour, alors qu’on se rendait à Dakar pour une cérémonie, il nous demanda subitement de nous arrêter devant une mosquée à Rufisque dans laquelle il disait vouloir prier.

On le dissuada mais il s’obstina à y aller. Il donna à ceux qu’il y a trouvé beaucoup d’argent. On comprit par la suite que c’est ce qu’il voulait. Il n’est heureux que dans l’accomplissement de tels actes de générosité. Sous le ton de la boutade, il affirmait que les dignitaires religieux fonctionnent comme la poste. La vocation de celle-ci est de recevoir et d’émettre des mandats. Al Amine était loin des ambitions égoïstes. Les seules qu’il nourrissait était destinées à la communauté et liées à la perpétuation de l’héritage de ses ascendants. Il s’est échiné à rénover la mosquée de Serigne Babacar. Il n’a jamais cherché à acquérir une maison à Dakar. Il n’y avait qu’un appartement qu’il louait. Il ne voulait passer la nuit ailleurs qu’à Tivaouane. Son attachement à cette terre était viscéral.

Un rassembleur

Il a été le premier producteur d’arachide au Sénégal. Il ne médiatise jamais les louables actions qu’il entreprend. Quand le ministre de l’Agriculture et de l’Equipement rural, Pape Abdoulaye Seck, a visité ses champs de Boulel, il était saisi d’admiration.

Il n’en tirait pas orgueil. A première vue, on croirait qu’il est froid mais c’est un homme très ouvert et d’une humilité tellement touchante. Elle est à l’image de celle qui distingue l’actuel khalife Serigne Mbaye Sy Mansour. Ce sont des hommes très sensibles. Al Amine était généreux avec tout le monde. Il avait de très bonnes relations avec la famille de Cheikh Ahmadou Bamba et avec toutes les communautés religieuses. Serigne Sidy Mokhtar Mbacké était son ami.

Ce dernier émit le souhait de le rencontrer dès son intronisation comme khalife général des Mourides. Al Amine, pour se conformer au droit d’aînesse, se rendit à Touba. L’autorité spirituelle de Touba lui témoigna son affection et déplora les divergences sur la célébration des fêtes musulmanes. Il vouait à ses frères aînés un respect profond. Il ne s’adressait jamais à eux assis sur un lit ou un fauteuil. Il prenait toujours la peine de se mettre à terre même s’il s’agissait d’un appel téléphonique.

Homme de science et de culture

Abdoul Aziz Sy Al Amine était un érudit. Il avait une culture pluridisciplinaire. Ce saint homme d’une dimension exceptionnelle préparait minutieusement ses conférences et interventions parce qu’il respectait les gens qui l’écoutaient. C’est un homme de science et de vaste culture. Un jour, un Muqaddam de Seydi El Hadj Malick Sy de grande érudition, Abdou Salam Lô, adressa une lettre à Serigne Babacar Sy.

Celui-ci demanda à Abdoul Aziz de lui répondre. Le style émerveilla Serigne Abdou Salam Lô qui se rendit à Tivaouane juste pour mettre un visage sur l’auteur. Il fut fasciné par le niveau de langue, la syntaxe et la grammaire. Serigne Moustapha Djamil disait également que la prouesse de Serigne Babacar Sy est d’avoir fait d’Al Amine un érudit qui n’avait rien à envier à ceux qui avaient sillonné le monde à la quête du savoir. Serigne Abdoul Aziz Sy a dirigé des associations islamiques qui comptaient plusieurs obédiences non pas pour le privilège de naissance mais grâce à sa science et à sa personnalité.

Source : soleil

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