Entretien avec Golbert Diagne, l’homme qui a vécu toutes les élections

Célèbre journaliste radio, El Hadj Alioune Badara Golbert Diagne, riche de ses 78 ans, a traversé toutes les dix présidentielles du pays depuis l’indépendance. Directeur général de sa radio Téranga Fm de Saint-Louis, le ‘Doomou Ndar’ répond à quelques questions de igfm, à la veille de cette onzième élection que le Sénégal vivra ce dimanche 24 février.

Vous êtes un homme qui a vécu toutes les élections du Sénégal. Si vous deviez comparer la politique d’aujourd’hui et celle des années passées ?

J’ai vécu Senghor, j’ai vécu Lamine Guèye, alors que j’étais encore tout jeune. Lamine Guèye vivait à 100m de chez moi. A l’époque, c’était beau. Nos mamans, nos tantes se regroupaient tous les jours et fredonnaient des chansons. J’ai souvenance que ma mère était du camp de Senghor. A côté donc, il y avait le camp de Lamine Guèye. Mais à midi, on préparait du bon thiebou dieun. Et les deux camps échangeaient de plat. Le jour J, chacun est allé voter calmement. On battait le tam-tam. A 18h déjà, avec les premiers signes, chacun dansait dans les rues. Il n’y avait pas de violence.

Donc avec Senghor, on a vécu la paix, la sérénité. C’était le doux temps des poèmes, de la culture. Ensuite, il y a eu son fils Abdou Diouf. Le fils à l’image du père. Abdou Diouf est un homme de paix. On avait fréquenté la même école. Ensuite on s’est retrouvé à l’école coranique. On a poursuivi toutes ces relations jusqu’à ce qu’il devienne Chef de l’Etat. Il m’écoutait, prenait en compte mes idées. On discutait démocratiquement.

Quelle est la présidentielle la plus violente que vous ayez vécu ?

Cette campagne-ci est l’une des plus violentes. Parce qu’avec Wade, on a connu aussi quelques violences. Et bien avant Wade. A l’époque d’Abdou Diouf, à l’époque de Senghor, il y a eu des meurtres, des assassinats. Mais au fil du temps, ça s’est accentué.

Que dites-vous de ces violences qui ont entrainé des morts et des blessés, dont des confrères ?

C’est une situation que je condamne. Ce n’est pas une bonne chose pour les sénégalais d’en arriver à ce stade de la violence. D’abord verbale. Cette violence verbale prouve que les gens ne sont pas civilisés. Ils se permettent de jouer avec les règles de civilité, implantées par ceux qui ont créé ce pays et qui ont fait un peuple et une administration. Les premiers cadres ont été formés ici. Pour ensuite être ventilés à travers l’Afrique. Donc, nous nous devons de respecter la tradition des règles de civilité. La violence verbale, je la condamne, à plus forte raison la violence physique. Ce n’est pas sénégalais !

Des personnalités politiques qui vous ont le plus marqué?

Les socialistes. Quand je parle des socialistes, on penserait directement à Senghor. C’était certes un grand homme de l’académie, un poète, un grand monsieur. Mais c’est Abdou Diouf qui m’a le plus marqué. D’abord parce qu’il est plus saint-louisien que lougatois. Il a un calme olympien. Un flegme qui déroute. Une culture précise. Un français qui vous charme. Un homme de vérité. Qui ne vole pas, ne triche pas, ne mens pas. Et qui fait de la politique civilisée. Le respect de l’autre. Le respect de l’adversaire, momentané. Pour ensuite dire, j’ouvre les bras. Venez, ensemble nous allons construire ce pays. Il l’a fait avec Wade et ses hommes, malgré toutes les perturbations qui se faisaient. Ça c’est un homme que j’adore et que j’aime.

Un problème politique particulier dans votre carrière ?

(Rires) Certes j’ai beaucoup vécu. Mais je n’ai jamais eu de problèmes particuliers avec les hommes politiques de tout bord. Je suis un homme de presse à équidistance avec tous les politiques. Dans mon travail, je garde mon caractère d’homme de communication.

Selon vous, quelles sont les forces et faiblesses des 5 candidats en lice ?

Je ne veux pas m’ériger en donneur de leçon. Je ne suis pas un homme politique. Je ne peux pas les juger. Ils ont eu un cursus que je n’ai pas. S’ils ont choisi d’être aujourd’hui dans l’arène politique, j’observe simplement. Et que le meilleur l’emporte.

Et qui est le meilleur, capable de l’emporter ?

Seul Allah peut le dire. D’ailleurs, il nous le dira demain.

Un mot à vos compatriotes, la veille d’un jour aussi décisif que la présidentielle ?

La paix. Sans la paix, aucun pays ne peut se développer. Dieu en a fait la recommandation à tous ses envoyés. Pour éviter la guerre, les incompréhensions, l’incompatibilité. Que les gens se lèvent tôt le matin, qu’ils s’acquittent de leurs tâches quotidiennes, ensuite qu’ils accomplissent leur devoir civique, avant de retourner chez eux. Qu’ils rentrent écouter de la musique, regarder la télé et sécuriser leur progéniture. Les urnes désigneront à partir de 18h celui que Dieu a choisi. Pourvu que cela nous porte bonheur !

Source : igfm




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