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Foundiougne : Sirmang, terre de dévotion et d’apaisement des angoisses

A quelques foulées de cheval du poste de Karang, à la frontière entre le Sénégal et la Gambie, une route latéritique bordée d’anacardiers mène au village de Sirmang, reconnaissable à mille lieues par son imposant minaret qui dévisage les cieux. Ce bourg du département de Foundiougne, se trouvant à une trentaine de kilomètres de la capitale gambienne, Banjul, et dépourvu d’infrastructures, vit principalement d’agriculture et d’élevage. Diverses ethnies, témoignant des liens historiques entre les peuples sénégalais et gambiens, y développent une étroite solidarité. Dans ce patelin tranquille, on satisfait encore au principe de fraternité. On accueille les âmes d’ici et d’ailleurs avec le sourire et s’emploie à trouver remèdes à leurs maux, à dissiper les craintes et à entretenir les espoirs en faisant se mouvoir le visiteur dans un univers religieux qui ne nie point ses croyances ancestrales. Plongée dans un cosmos de ferveur religieuse et de délivrance des souffrances.

Vendredi- Le ciel darde ses rayons. Les rues sont désertes. Il n’y a que quelques mômes, des écoliers en tenue sur le chemin du retour et un cheval s’emballant qui leur donnent vie. Un haut-parleur perché sur le minaret distille des mélodies divines apaisant un grand arbre feuillu et branchu qui donne de l’ombrage à la devanture de la maison de l’homme de Dieu El Hadji Mama Ansou Niang. Un homme affable, d’une touchante humilité, neveu du marabout, y accueille les visiteurs. « Allez dans cet endroit là-bas, vous y trouverez deux bassines remplies d’eau bénite, formulez vos vœux avant de vous en asperger », dit-il en guise de bienvenue en pointant du doigt le « mouroir » des angoisses. A l’intérieur, le décor est presque austère ; juste un portemanteau dentelé bien serré sur la porte, deux bassins et une puisette pour apaiser ses angoisses.

Deux frêles garçons venus de Diourbel, les mines affligées, se conforment au rituel dès leur arrivée avant d’espérer rencontrer le marabout, Cheikh Tidiane Niang, digne continuateur de l’œuvre de son père. Ils en ressortent l’un après l’autre avec de légers chuchotements. Le dévoué et prévenant « chambellan » formule des instructions à leur endroit avec quelques marques de déférence comme s’il « aspirait » leurs maux par ses paroles rassurantes. Il affiche la même disponibilité pour chaque « patient ». Mamadou, « boulanger » venu du département de Mbour, lui, est un habitué des lieux. Il y vient depuis quelques temps pour soigner un mal qui le ronge depuis des lustres. « C’est un ami qui m’a conseillé de venir dans ce village. Depuis, après avoir rencontré le marabout, je reste ici toute la journée parce que j’ai fini par m’y plaire. Au-delà de l’amélioration de mon état de santé, il y a un sentiment de sécurité qui m’habite grâce à la prévenance et à l’amabilité des gens. Ils n’ont jamais exigé de moi un paiement pour les soins prodigués. Je donne en fonction de mes possibilités », dit-il. Des hommes et des femmes, comme ce couple gambien, y affluent pour s’attirer les bénédictions divines. Cette magnanimité est cultivée depuis des décennies par un ascendant, Cheikh Al Islam El Hadji Mama Ansou Niang, qui, loin de la lumière aveuglante des privilèges terrestres, s’est très tôt destiné à servir l’humain. La gratification divine vaut tous les sacrifices. Elle est le mobile de toutes les actions. Sirmang, c’est surtout une terre de dévotion. La ferveur religieuse donne une idée claire de l’immensité de l’œuvre du Cheikh qui a construit la grande mosquée en 1971. Son fils aîné, Cheikh Tidiane Niang, à la rhétorique exquise et à la science religieuse reconnue, en est l’Imam. Dans ce temple, les prières sont interminables. On implore le Seigneur pour qu’Il couvre les morts de sa miséricorde, pour que les continuateurs portent dignement le flambeau allumé par l’honorable créature et que soient menées à la prospérité du village toutes les actions.

Salon de toutes les espérances

Après la prière, les fidèles se ruent chez le patriarche. Les hommes prononcent les panégyriques à la gloire du Seigneur. Les femmes, à une encablure, suivent la cadence. Arrivés dans la cour de la maison familiale, ils tendent leurs mains pour recueillir les prières de l’imam avant de rencontrer le Cheikh si la santé le lui permet. Un grand salon, celui-là même où s’allongent les corps en quête de répit, accueille les premiers arrivés. D’autres se contentent de la cour. La « marée » dévote est productive d’émotions, de sentiments puissants et apaisants. L’image est fascinante. Elle est même émouvante. Cheikh Tidiane Niang et son jeune frère Abdou Aziz s’asseyent à côté de leur père marqué par le poids de l’âge mais la posture toujours digne, le visage rayonnant de la lumière des âmes que Dieu célèbre sur terre. Ses descendants rappellent aux nombreux fidèles les enseignements du Cheikh dont la source inspiratrice est la parole du Seigneur, le Coran. La présence de El Hadji Mama Ansou Niang emplit la salle d’espérances. Il produit un halo d’altruisme et de pureté.

Dans cet univers de ferveur, on donne beaucoup d’importance au Coran. C’est pourquoi, tout est fait pour que le « talibé » soit dans des conditions idoines pour réaliser des performances. Il a très tôt été expérimenté, ici, ce que les autorités publiques ont appelé des « daara modernes ». Dans les écoles coraniques de Keur Sette et de Sirmang, les apprenants, en internat, n’ont pas besoin de mendier pour se nourrir. On fait confiance à la terre et aux vertus du travail. Des élèves viennent de tous les horizons pour s’abreuver à la source du Coran dans un cadre approprié. Les enseignements sont dispensés dans des salles de classe avec près d’une dizaine de bâtiments. Les effectifs (des centaines) sont constitués d’enfants et d’adultes. La satisfaction d’avoir contribué à propager la parole de Dieu suffit au bonheur du guide religieux et à supporter un tel fardeau. L’idée, c’est de répandre le message divin, de former les hommes d’aujourd’hui et de demain et d’œuvrer pour une humanité en paix avec elle-même. On y apprend le Coran et les sciences islamiques et forme les pensionnaires aux métiers de la vie en fonction de leur inclination.

Source : le soleil

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