À Taungbyone, près de Mandalay, des médiums se réunissent à l’occasion du festival annuel consacré aux Nats, les esprits de la croyance animiste birmane. Appelées Nat-kadaw, ou « épouses des esprits », elles entrent en transe au cours de cérémonies qui attirent habituellement des milliers de fidèles venus de l’ensemble du pays.

La célébration se tient dans un contexte de guerre civile, déclenchée après le coup d’État militaire de 2021 ayant renversé le gouvernement élu d’Aung San Suu Kyi. Les combats avaient perturbé le festival ces dernières années, mais l’éloignement récent des lignes de front a permis un moment de répit pour l’événement.

Des médiums au cœur du rite

Selon cette tradition ancienne, les Nat-kadaw deviennent les incarnations terrestres d’environ 111 esprits divins. Les participants leur adressent des prières et des demandes liées à des préoccupations très diverses. Chaque Nat est associé à une fonction particulière, comme la protection du foyer, l’ordre moral, la loyauté ou encore la garde des personnes souffrant d’addictions à l’alcool et aux jeux.

La croyance aux Nats continue d’exister parallèlement au bouddhisme, majoritaire en Birmanie. Des médiums expliquent mettre les fidèles en relation avec les esprits en fonction de leurs besoins, tandis que des participants viennent chercher un apaisement dans un pays marqué par le conflit.

Une place visible pour les minorités LGBT+

La plupart des médiums présents au festival sont des femmes transgenres ou appartiennent à d’autres minorités LGBT+, marginalisées dans le pays. L’homosexualité y est criminalisée, et Taungbyone est considéré par de nombreuses personnes comme une forme de Pride non officielle.

Les cérémonies mêlent danses, musique, offrandes et transes. Des billets, des roses ou des cigarettes sont remis aux médiums à mesure que les participants estiment que les esprits prennent possession d’elles.

Le poids de la guerre

Pour certains fidèles, le rassemblement représente aussi une parenthèse face aux pertes causées par les violences. D’après l’ACLED, organisation qui recense notamment les informations médiatiques sur les conflits, la guerre a fait plus de 100 000 morts tous camps confondus depuis 2021.

Dans ce contexte, le festival conserve une fonction spirituelle et sociale : les visiteurs y cherchent des réponses, du réconfort ou l’espoir de retrouver une forme de stabilité.