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L’insécurité alimentaire : Matam dans l’œil du cyclone (Par Ababacar GAYE)

Les deux poumons de l’économie locale en sursis

Partout où il y a des cours d’eau, les hommes ont eu à s’établir et à s’adonner à des activités qui en dépendent. C’est ainsi que l’agriculture et l’élevage apparaissent, à côté de la pêche, comme leurs principales activités productrices de revenus.

Aussi, dans la Vallée du Fleuve Sénégal, les paysans et les éleveurs trouvent-ils leur salut dans une agriculture et une paissance non-stop. Parce que tributaires de l’eau, le secteur agricole et celui de l’élevage présentent un visage morose à cause d’une pluviométrie de plus en plus faible.

Autant la région dispose d’une importante superficie de terres cultivables, autant elle reste insuffisamment exploitée si tant est qu’il y a exploitation. Et, à moins de travailler dans les coopératives agricoles qui demeurent de belles opportunités, le petit paysan aux moyens limités ne peut que se satisfaire d’une culture hivernale et d’une campagne de contre-saison au rendement peu glorieux. Pendant ce temps, le berger se trouve littéralement dans une période de vaches maigres et se voit obligé de transhumer pour sauver son bétail.

Un hivernage infructueux 

La région de Matam fait partie des zones du Sénégal qui présentent le plus faible bilan pluviométrique. Même s’il arrive souvent qu’il pleuve assez tôt dans le Nord-Est, et parfois avec des précipitations qui frôlent l’inondation, il n’en demeure pas moins que le déficit de pluies s’agrandit d’année en année. Chaque début d’hivernage est synonyme d’inondations avec son lot de conséquences matérielles et humaines. Le souvenir du drame de Houdallaye, dans le département de Ranérou, est toujours frais dans les mémoires : cinq morts !

Toujours est-il qu’entre ces premières pluies généralement très fortes et les suivantes, il y a une longue période de sevrage. Et une telle pause influe sérieusement sur la progression des cultures.  La campagne hivernale 2017 ne fait point l’exception. La longue suspension des pluies est à l’origine-même d’un échec criant des activités hivernales dans presque toute la région de Matam.

En vérité, de nombreuses cultures sont affectées par cet état de faits : soit elles ne sont pas arrivées à maturité ou bien elles n’ont pas produit le rendement escompté. Par conséquent, pour beaucoup d’acteurs, il n’y a pas eu de moissons cette année et les greniers sont restés vides !

Mauvais augure pour la campagne de contre-saison

Après l’hivernage, les cultivateurs s’investissent dans la production de contre-saison. Il s’agit de travaux champêtres exercés dans le « waalo », c’est-à-dire les champs près du fleuve. Ce genre de cultures dites de décrue dépendent foncièrement des pluies dont l’abondance provoque naturellement la montée des eaux.

De ce fait, si les précipitations se raréfient, l’eau ne sort pas de son lit et il n’y aura aucune possibilité de crue et partant de décrue.  Outre les moyens techniques qui font défaut, les paysans buttent généralement sur des difficultés liées à l’accès à cette eau.

Conscients de la place de l’agriculture dans l’économie locale et les obstacles auxquels elle est confrontée, un modus operandi a été envisagé par des acteurs. Il s’agissait entre autres de venir en aide à la population active, notamment les jeune et les femmes, afin qu’ils puissent travailler dans une localité où les opportunités d’emplois sont très limitées. En l’absence des secteurs secondaire et tertiaire, une telle initiative portée par le PRODAM (Projet de Développement Agricole de Matam) apparaît comme une aubaine pour les populations.

Grace à ce projet, des Sociétés d’Intensification de la Production Agricole (SIPA) sont implantées un peu partout dans la région. Elles permettent entre autres objectifs de réduire le taux de chômage, d’optimiser la production agricole, et d’assurer la sécurité alimentaire.

Mieux encore, de telles initiatives expérimentées dans des localités telles que Thiambé,  Hamady Ounaré, Ndendori, Boinadji, contribuent au développement économique desdites localités avec une commercialisation facile et efficiente des produits récoltés.

Opération de sauvetage de la délégation générale à la protection sociale

Interpellées par la disette et le marasme économique qui guettent les populations dans le Nord, les autorités ont voulu prendre les devants pour éviter à tout prix une insécurité alimentaire. A travers le soutien financier que la Délégation générale à la protection sociale et à la solidarité nationale a apporté aux populations vulnérables, l’Etat du Sénégal entend prendre le problème à bras-le-corps.

Ainsi, Dr Anta Sarr Diako, en visite à Matam le 01 février 2018, a alloué une enveloppe de 45 000 francs à chaque famille démunie répertoriée dans les départements de Matam, Ranérou, Kanel et Podor. A l’en croire, ce montant qui s’élève à 1 377 000 000 francs CFA permettra à 30.608 ménages de joindre les deux bouts.

Dans des situations pareilles, toute aide est certes la bienvenue. Mais les autorités ne devraient pas se complaire dans ce rôle de sauveteur en toujours réagissant en aval. Gouverner étant prévoir, elles pourraient agir en amont en mettant l’accent sur une politique culturale adaptée aux problèmes de l’heure. Ceci permettrait d’éviter le branle-bas qui accompagne parfois la distribution de tels dons.

L’exigence d’un programme d’urgence

A cause de l’échec cyclique des campagnes hivernales qui vont de mal en pis, l’idéal serait de rechercher une solution durable. Il s’impose alors à tous un diagnostic sans complaisance pour sortir la région de sa torpeur. L’exigence de l’heure est en effet d’accorder une oreille plus bienveillante aux deux secteurs qui tirent l’économie de la région qui est dans une déliquescence absolue. L’Etat central et les collectivités locales ont l’obligation de collaborer pour trouver des solutions pérennes dans le long terme.

L’immensité du potentiel foncier disponible- et qui dépasse les moyens des particuliers- doit contraindre les deux entités à investir pour exploiter les milliers d’hectares cultivables. Faute d’un tel programme, la spoliation foncière par les multinationales (le cas de Dodel) sera toujours une hantise pour les populations locales. En accordant à l’agriculture une place prépondérante dans le Plan Sénégal Emergent (PSE), les autorités ont indubitablement compris que l’envol économique tant rêvé ne peut se faire que par ce secteur.

Toutefois, les énormes difficultés- qui vont de la sous-exploitation par l’Etat à la surexploitation par les multinationales du foncier national- plombent le développement et constituent des obstacles majeurs à l’autosuffisance alimentaire. Une bonne prise en charge de la question implique aussi la création de lieux de pâturage pour les éleveurs afin d’éviter la divagation des animaux qui constitue un autre fléau.

Ceci pourrait même aboutir à l’expérimentation des openfields (champ ouvert) puisque la protection physique des espaces agricoles ne serait plus qu’accessoire. L’enjeu principal doit être par-dessus tout de faire du développement un processus bottom-up, c’est-à-dire qui part du bas vers le haut et dans lequel le paysan aura toujours voix au chapitre.

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