Sénégal : Paix en Casamance: L’équation Salif Sadio

Salif Sadio, un des chefs rebelles qui avait convié à une rencontre ce samedi à Koudjoughor (Bignona), a fait faux bond. Il a préféré envoyé deux de ses lieutenants, Ousmane Diémé et le capitaine Sagna, pour répéter un discours que tout le monde savait : Il tient à l’indépendance de la Casamance, ne va pas y renoncer.

Pis, il a fait une déclaration de guerre en faisant annoncer une reprise des hostilités. Et pis encore, il s’en est pris aux acteurs de la paix. Le Groupe de réflexion pour la paix en Casamance (GPRC), dirigé par Robert Sagna, en a pris pour son grade. Il a fustigé leur démarche.

En somme, c’est le statu quo ante. Du moins du point de vue des déclarations d’intention.

Salif Sadio a bien montré qu’il est encore là et que le processus n’a guère évolué.

Là-dessus, on peut se demander, alors, pourquoi il a initié une telle rencontre et donné l’impression qu’il allait se déplacer en personne et engager des négociations qui faisaient beaucoup rêver ?

A-t-il été heurté par quelque chose ou par quelqu’un ? A-t-il reçu une information qui lui aurait fait changer d’avis ?

En réalité, il n’en est rien. Salif Sadio s’est bien joué de tout le monde. Il a utilisé une stratégie de communication qui a porté ses fruits. En quoi faisant ? Eh bien, en initiant cette rencontre, en annonçant sa présence tout en sachant que le monde entier allait suivre cet évènement qui a été largement médiatisé. Et il a, finalement, profité de l’effet d’annonce pour faire son discours guerrier et faire passer son message. Il ne s’est agi, en fait, que d’une machination faite dans le dessein de porter un coup communicationnel fort et de focaliser l’attention sur lui. Et bingo !

Bien sûr, la réaction de Robert Sagna ne s’est pas fait attendre. Il a tenu à dire, au niveau de la Rfm, qu’il n’a pas été impressionné par les propos de Salif Sadio et qu’il garde le cap pour ce qui est du travail pour la recherche de la paix durable dans la zone.

Mieux, il a tenu même à préciser qu’il ’’n’y a pas d’élément nouveau’’. Et il n’a pas tort car le chef rebelle du front dit du Nord n’a fait qu‘une opération médiatique, spectaculaire.

Tout indique alors que nous voilà à la case-départ dans le processus de paix et de la situation sur le terrain. Or, il n’en est rien. Beaucoup de choses ont changé. Si Salif est bien vivant, il a perdu sa base arrière en Gambie depuis que Yahya Jammeh a été éjecté du pouvoir et remplacé par Adama Barrow sur lequel aucun indépendantiste ne saurait compter.

Mieux, nous ne sommes pas sûrs que la majorité de la population casamançaise soit réceptive à ces idées indépendantistes dans une région où de réels efforts de développement ont été faits.

Les populations sont en réalité pour la plupart lasses du conflit et souhaitent reprendre leurs activités normales dans leurs villages et champs.

La preuve, la tuerie de Boffa-Bayotte a été une goutte de trop dans ces attaques contre des civils dont le seul tort est d’essayer de vivre normalement.

A ces donnes s’ajoutent d’autres plus techniques et militaires, liées au renforcement des capacités interventionnelles de l’Armée, au renforcement du renseignement et du matériel.

Il ne faut pas oublier aussi les efforts conjoints de paix sous la houlette de Robert Sagna et d’autres bonnes volontés de la localité comme les femmes, les jeunes, etc.

Tous ces efforts et ceux de l’Etat combinés au contexte sous-régional, ont favorisé l’accalmie observée depuis de longs mois.

C’est vrai que Salif Sadio est une vraie équation dans cet effort de recherche de paix en Casamance, mais ses capacités opérationnelles et de nuisance se sont amoindries, même si elles ne sont pas nulles. En clair, il peut mener des actions ponctuelles et sporadiques, mais pas soutenir une offensive digne de ce nom.

En clair, le vent tourne pour la paix et ceux qui ne le comprennent pas ne sont, en réalité, que des nostalgiques du passé.

Nous ne sommes pas sûrs que les populations de cette région soient encore prêtes à perpétuer un conflit vieux de plus de 30 ans et qui n’a causé que mort et désolation.

Si Salif peut encore continuer à en porter la responsabilité, il devra y répondre devant l’histoire.




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