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Sonacos : «L’Etat a signé l’accord de financement de 30 milliards FCfa »

C’est une sortie qu’il fallait faire, car elle rassure l’Etat, les partenaires et les travailleurs. La Sonacos n’est plus dans une zone rouge. Bien au contraire, tout baigne comme dans l’huile. C’est entouré des directeurs des différents départements et du top management que le Directeur général de la Société nationale de commercialisation des oléagineux du Sénégal (Sonacos), Papa Dieng, a étalé les résultats de la gestion de la société. Avec des chiffres qui annoncent des lendemains meilleurs à la Sonacos.

Pouvez-vous résumer la situation actuelle de la Sonacos ?

On va partir de mai 2015, quand on a été nommé, le Président du Conseil d’administration (Pca) et moi, on a trouvé la même équipe, à part une exception qui est partie d’elle-même. A notre arrivée, le constat était qu’aucune usine ne tournait à Sonacos. C’est l’Etat du Sénégal qui payait les salaires des agents, on ne cotisait plus à l’Ipres et à la Caisse de sécurité sociale et les fonds propres de la société étaient négatifs. Donc voilà un peu la situation.

Qu’est-ce qui en était l’origine ?

Il m’est un peu difficile de dire pourquoi Sonacos en était arrivée là. Mais de ce que j’en sais, je parle sous l’autorité de ce Comité de direction (l’entretien s’est déroulé en présence des directeurs des départements et du top management), quand on a privatisé la société, il y a eu quelques engagements qui n’ont pas été respectés par le repreneur, parce qu’il s’était engagé à investir 16 milliards FCfa pour remettre à niveau l’outil de production. Malheureusement, cet engagement n’a pas été respecté. L’outil de production a été dans un état tel qu’il n’y a pas eu de performances possibles. Après cela, pour les campagnes de commercialisation, il faut reconnaître qu’au moment de la privatisation, ils ont trouvé une bonne quantité d’huile. Et cette huile commercialisée a quand même apporté beaucoup d’argent. Mais selon un rapport de la Banque mondiale, il y avait un transfert de marges, parce que les prix qui étaient facturés à Sonacos n’étaient pas les prix qui étaient pratiqués. Le propriétaire à l’époque, le Groupe «Advens», achetait l’huile de Soja et la revendait à la Sonacos. Et Sonacos vendait l’huile d’arachide à «Advens» qui revendait cette huile d’arachide sur le marché. Ce sont ces pratiques de transfert de marges qui ont amené la situation qui a été décrite. Quand on a fait le plan de restructuration financière et technique, on s’est rendu compte que le transfert de marges a coûté à la société autour de 16 milliards FCfa. Donc ce sont ces pratiques qui ont fait que petit à petit, la situation s’est détériorée et au moment de la reprise de la société par l’Etat, les fonds propres de la société étaient négatifs. Donc d’après l’Ohada, quand une société a des fonds propres négatifs, elle doit déposer son bilan. Voilà un peu la situation que nous avons trouvée.

N’y a-t-il pas un paradoxe, car la société est presque en faillite, alors qu’elle dispose d’un patrimoine immense ?

Effectivement. Le patrimoine de la Sonacos sur le plan foncier est très important. Parce que, à Dakar, au niveau du Port, on a un patrimoine de 17 hectares. Si vous allez à Diourbel, on a plus de 20 hectares, à Kaolack plus de 500 hectares, à Ziguinchor 4 à 5 hectares, à Louga, c’est la même chose.

Quelle est l’évaluation financière de tout ce patrimoine ?

La dernière évaluation qui date de 2013 avec le cabinet Kpmg, pour Dakar, le mètre carré était à 550 000 FCfa, donc pour les 17 hectares, on était autour de 91 milliards FCfa. Aujourd’hui, vu l’évolution du prix du terrain à Dakar, on peut dire qu’à 750 000 FCfa, le mètre carré, c’est quand même correct. Vous le multipliez par 17 hectares, vous voyez que ce que ça fait. Ensuite, il y a le patrimoine foncier qui est à Diourbel, Kaolack, Ziguinchor et Louga.

Quels sont les chiffres d’aujourd’hui ?

En 2016, durant la campagne arachidière, la Sonacos a collecté 7 000 tonnes. Et en 2016-2017, la collecte a été de 96 000 tonnes. En 2017-2018, elle est de 287 000 tonnes. Donc, vous voyez les évolutions et cette collecte a coûté au total 44 milliards 619 millions. Nous avons payé aux producteurs 210 FCfa, le kg, pour 39 milliards 700 millions. Pour le transport, nous avons payé 2 milliards 800 millions et 2 milliards 700 millions ont été payés aux Ops. Voila un peu la campagne de 2017-2018.

Vous avez énuméré beaucoup de milliards. L’argent est-il vraiment arrivé à destination ?

Pour les paysans, normalement oui. Parce que pour le contrat d’agrément que nous signons avec les opérateurs privés stockeurs, il leur est fait obligation d’acheter l’arachide au comptant et d’amener cette arachide à Sonacos. C’est après seulement qu’ils achètent l’arachide à 210 FCfa et nous leur payons 224,5 FCfa au kilogramme. Donc, ils ont une marge de 14 500 FCfa par tonne. Malheureusement, cela ne se fait pas et certains opérateurs occupent les médias pour dire que nous avons pris l’arachide des paysans et la Sonacos ne nous a pas payés. Malheureusement, il y a des intermédiaires qui n’apportent rien à la filière et qui prennent l’arachide des paysans pour leur dire qu’ils l’amènent à la Sonacos.

M. le directeur, apparemment, la Sonacos n’a pas de problème de liquidité pour payer les Ops et les paysans. Qu’est-ce qui explique donc le manque de confiance de certains opérateurs qui préfèrent brader la production dans les marchés hebdomadaires ou s’ouvrir à l’extérieur, comme le marché chinois ?

Au moment où je vous parle, nous devons encore 2 milliards FCfa aux opérateurs. Mais nous avons un stock invendu de 7 milliards FCfa. Aujourd’hui (hier lundi : Ndlr), nous avons signé un protocole entre huiliers, importateurs d’huile, ministère du Commerce, pour que notre stock de 7 milliards FCfa soit vendu. Maintenant, la question que vous posez est extrêmement importante. Et d’ailleurs, c’est le souci de la Société internationale islamique de financement du commerce (Itfc), la filiale qui s’occupe du commerce au niveau de la Banque islamique de développement. Itfc nous fait est un financement islamique, donc il ne doit pas y avoir d’intermédiaire et les paysans doivent être en coopérative et traiter directement avec Sonacos. En ce moment, il n’y aura plus de graines bradées, parce que les graines seront payées directement par Sonacos.

Sur la production d’huile d’arachide, qu’est-ce qui explique que la Sonacos ne puisse satisfaire toute la demande du marché intérieur ?

La demande du marché intérieur est évaluée à 180 000 tonnes. Pour 180 000 tonnes, il faut 540 000 tonnes d’arachide, à peu près le tiers. En un moment donné, je vous ai dit que la Sonacos était privée, les autres huiliers étaient privés et le cours mondial de l’arachide était tel qu’il était plus intéressant pour les privés, de vendre l’huile d’arachide à l’export et d’importer de l’huile de soja brute qui était raffinée et mise sur le marché. Quand on a pris cette pratique, les commerçants ont importé l’huile de palme qui est encore beaucoup moins chère que l’huile de soja. Parce que si on regarde sur le marché international, aujourd’hui les cours des matières premières, l’huile d’arachide est à 1 300 dollars, l’huile de soja est à 750 dollars, l’huile de palme est à 690 dollars. Donc ce sont trois huiles qu’on ne peut pas comparer du point de vue de la qualité. Ce qui fait qu’aujourd’hui, il était difficile de vendre l’huile d’arachide, si on doit être en compétition sur le plan du prix. Dans le Plan Sénégal émergent, il est recommandé que l’huile d’arachide soit vendue et consommée par les Sénégalais.

Pour que le Sénégalais puisse acheter de l’huile d’arachide, il faut une subvention parce que cela coûte cher. Est-ce intégré dans le protocole ?

Il y a une recommandation des associations du monde rural, du Conseil national de concertation des ruraux (Cncr) qui a toujours prôné qu’il fallait rompre le cordon entre notre arachide et le marché international parce que nous pouvons consommer notre arachide localement. Maintenant, quand l’Etat prend la décision, pour augmenter les revenus du monde rural, de fixer le prix de l’arachide à 210 FCfa, alors que sur le marché international, le prix de l’arachide est à 160 FCfa, c’est du social. Donc la conséquence directe, c’est que notre huile d’arachide va supporter ce prix social que l’Etat a fixé. Parce que dans tout système dans un pays organisé où il y a solidarité, il y a ce qu’on appelle une péréquation. La péréquation ici, c’est que ceux qui achètent l’huile d’arachide payent un peu le supplément de prix aux pays qui cultivent l’arachide.

Tout à l’heure, vous avez parlé d’un protocole que vous avez signé avec l’Etat. Quels sont ses contours ?

Le protocole signé avec les importateurs huiliers, associations de consommateurs et ministère du Commerce dit ceci : les formats d’un 1/4 de litre, un litre et cinq litres sont exclusivement réservés à l’huile d’arachide. Ensuite les importateurs se sont engagés à acheter le stock actuel en souffrance qui est évalué à 5 600 tonnes dont le stock de Sonacos de 5 200 tonnes, Oléoson 200 tonnes et Cait 200 tonnes évalué à 7 milliards FCfa. On a vu que le total de la production était de 6 000 tonnes, en tenant compte de la récolte de l’année dernière. Mais, il nous faut 9 000 tonnes supplémentaires à importer en huile de soja, tournesol et huile de palme pour satisfaire la consommation mensuelle de 15 000 tonnes.

Depuis que l’Etat a pris la Sonacos, qu’est-ce qu’il a gagné ?

Nous sommes presque 2 000 travailleurs et au moment où l’Etat rachetait la Sonacos, il y avait peut-être 430 travailleurs, car tous les saisonniers étaient renvoyés. L’Etat a aussi gagné, car c’est lui-même qui payait les salaires des agents de Sonacos. Aujourd’hui, l’Etat ne le fait plus. Les travailleurs n’avaient plus de cotisations à l’Ipres, aujourd’hui nous avons commencé à les verser. A notre arrivée, nous avions trouvé une dette aux fournisseurs de 7 milliards FCfa qui est aujourd’hui, de 3,5 milliards FCfa.

Malgré vos tableaux décrits, les travailleurs de la société tirent la sonnette d’alarme pour dire que si vous ne changez pas de cap, la société va couler ?

A ce moment, ils parlaient de l’huile invendue, parce que c’était le Gouvernement qui devait organiser le marché. Aujourd’hui, nous avons signé le protocole pour que le marché soit organisé. Qu’est-ce qui s’est passé ? On a signé un premier protocole avec les artisans de Touba qui devaient produire l’huile «Seggal» et nous la vendre. Parce que l’huile «Seggal» n’est pas comestible, elle renferme beaucoup d’aflatoxine. Lorsqu’on a signé ce protocole, au moment de son application, on s’est rendu compte qu’il n’y avait plus de graines. Quand le président de la République a dit à Kaolack qu’il ne va pas laisser les graines entre les mains des paysans, aussitôt nous avons acheté la totalité des graines. Voilà le schéma qu’on a mis en place, lequel, aujourd’hui, fonctionne et impacte à peu près 22 000 travailleurs. Mais, quand les syndicats ont vu eux-mêmes que si on ne vend pas, on ne pourra pas payer la dette qu’on doit à la banque qui a prêté l’argent pour acheter les graines, on ferme l’entreprise et les gens vont se retrouver dans la rue, ils ont alerté l’opinion. Parce qu’aujourd’hui, si la chaîne de valeur de l’arachide était correctement gérée, Sonacos achète les graines auprès des paysans. Mais la Sonacos achète à partir d’un financement d’une banque. Elle achète les graines, décortique, triture et vend l’huile. Si l’huile est correctement vendue, Sonacos encaisse de l’argent, paie à la banque et la prochaine campagne sera financée par la campagne actuelle.

Comment se porte l’usine de Lyndiane ?

Elle a démarré effectivement. Monsieur Boulaye Camara vient de me dire qu’ils font 300 tonnes tous les jours.

Est-elle à sa capacité maximale ?

Pas encore. Le repreneur, «le Groupe Advens», devait investir 16 milliards FCfa pour remettre l’outil. Malheureusement, cela n’a pas été fait. On a trouvé un outil de production qui était un peu en souffrance. On est en train d’améliorer par la maintenance, les réparations, pour atteindre notre niveau. Dans nos discussions avec Itfc, on est en train de voir, en plus du financement de la campagne pour l’achat des graines, si elle peut financer l’achat de pièces de rechanges pour les usines, pour que l’on puisse les mettre à niveau.

Quel est le point sur la campagne actuelle ?

La campagne actuelle, l’Etat a signé l’accord de financement de 60 millions de dollars (environ 30 milliards FCfa). Si la procédure suit son cours normal, le 3 décembre, l’argent sera dans les comptes de Sonacos pour commencer à payer. On a connu l’année dernière un retard. Mais cette année, toutes les précautions ont été prises par le Gouvernement. Le ministère des Finances a déjà signé les termes de références. Donc le processus doit se dérouler et dans le calendrier que nous avons reçu de Itfc, le 3 décembre, si chacun respecte le calendrier, l’argent sera disponible.

On a abordé presque toutes les questions d’ordre économique. Peut-on parler politique. Vous êtes à Pékess. Combien de parrains avez-vous trouvés pour votre candidat ?

Lors des Législatives, on avait 53%, avec 2 738 voix. Quand le président Ousmane Tanor Dieng qui gère la région sur le parrainage, a tenu sa réunion du mercredi, nous, on était à 3 050 parrains. Donc on avait dépassé le nombre de voix obtenu lors des Législatives, sans tenir compte de tous ceux qui résident à Dakar et qui n’ont pas encore parrainé. Ceux qui vivent à Mbour, Touba et dans les autres villes, sans tenir compte non plus d’une dizaine de villages (70 villages de la commune) qui n’ont pas encore parrainé. Sur les 18 communes que compte le département, il n’y a eu que les communes de Mérina Dakhar et de Notta qui étaient devant, du point de vue des parrains.

IGFM

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