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TALLA SYLLA A COEUR OUVERT

La pléthore de listes aux législatives prochaines et les solutions préconisées, son choix de n’aller ni avec Benno ni avec Mankoo, les voies et moyens pour obtenir une majorité à l’hémicycle, et encore l’organisation des élections par les services de l’État, sont autant de sujets sur lesquels Talla Sylla a apporté ses réponses dans cette interview exclusive accordée à Seneweb. Entretien.

Seneweb : Près d’une cinquantaine de partis politiques, coalitions de partis politiques et mouvements vont participer aux prochaines législatives. Partagez-vous le sentiment de ceux qui trouvent cela excessif ?

Talla Sylla : Le pluralisme démocratique a ses avantages. Il présente également des inconvénients. Le Sénégal fait face actuellement à un des inconvénients majeurs de la liberté démocratique: la liberté d’association qui peut conduire à l’anarchie des candidatures. Ce phénomène, en réalité, peut être analysé sous deux angles. Le premier peut être celui de considérer que cette multitude de liste est une preuve de la vitalité de notre démocratie. Le second peut être celui de considérer qu’il révèle une des tares de notre système démocratique : cette volonté de certains acteurs politiques à disposer à travers les élections d’une situation de rente aux frais du contribuable sénégalais. L’un dans l’autre, le sentiment commun aujourd’hui est que ce phénomène a franchi un palier qui le rend excessif. Comme dans toute chose, en politique et particulièrement en matière d’élections, tout excès est nuisible. Pour que cela ne porte pas atteinte à ce que j’appellerais l’efficacité électorale, libres au législateur et aux acteurs politiques de trouver des mécanismes aptes à concilier vitalité démocratique et décence politique tout en atteignant une forme d’efficacité dans la pratique du vote.

Quelle solution propose Talla Sylla pour arriver à rompre avec pluralité de partis et coalitions de partis au Sénégal ?

La solution que nous avons toujours proposée et qui figure dans l’axe programmatique de la coalition Fal Askan Wi dans le cadre de ces élections législatives du 30 Juillet 2017 : exiger de chaque parti politique légalement constitué et reconnu une adresse précise faisant office de siège; exiger de chaque parti politique la tenue régulière d’un congrès à une périodicité qui sera précisée par la loi sous peine de dissolution automatique, conditionner la participation des partis politiques à toute élection à l’obtention de signatures d’électeurs suivant des ratios conformes à la population de l’échelon concerné, lier cette participation au respect strict de ces règles sous peine d’invalidation par le conseil constitution de toute candidature portée en partie ou totalement par un parti qui n’aurait pas respecté une de ces règles. Voilà en substance quelques unes parmi les nombreuses propositions que nous avions mises sur la table depuis 2007 pour prévenir le phénomène que nous observons aujourd’hui.

Vous faites partie de ceux qui ne sont ni avec le Benno ni avec le Mankoo. Pourquoi ce choix ?

Il ne s’agit pas d’un ni-ni mais plutôt d’un avec-et pour : nous sommes avec le Peuple et pour le Peuple. Vous aurez remarqué que quelle que soit la dénomination choisie, les coalitions dont vous parlez ont en commun de vouloir faire de ces élections une partie dans laquelle les électeurs devront se prononcer pour ou contre le Président Macky Sall. La question centrale de la dynamique qui doit porter l’Assemblée nationale sénégalaise afin d’en faire une assemblée au service exclusif des populations est complètement occultée. La question qui intéresse ces coalitions est en réalité comment s’organiser pour conserver leur rente politique (pro-Macky) ou comment s’organiser pour en bénéficier à nouveau (anti-Macky). Tout cela se faisant en déphasage réel avec les aspirations des Sénégalais qui attendent plutôt des hommes politiques qu’ils fassent les ruptures nécessaires au niveau parlementaire afin que l’Assemblée nationale puisse  jouer son véritable rôle de contre-pouvoir. Or, répondre à ces aspirations de nos compatriotes constitue l’essence même de notre combat politique. Pour être fidèle à ce curseur politique, nous avons fait le choix légitime de nous focaliser uniquement sur leurs attentes et non sur comment capter une rente politique. Cela ne pouvait se faire qu’en se distinguant de toutes les coalitions qui ont en commun le souci de captage d’une rente politique.

Comment comptez-vous participer à ces joutes législatives ?

En droite ligne de notre objectif de répondre aux attentes des citoyens, nous avons fait le choix de les porter à l’Assemblée nationale car ils sont les plus habilités à défendre leurs intérêts. Pour cela, nous avons exigé des grands responsables de la coalition Fal Askan Wi de se positionner sur les listes départementales et avons proposé à des acteurs sociaux et de développement reconnus au niveau national ou local pour leurs initiatives au service des populations de s’inscrire sur notre liste nationale. En réalité nous changeons de paradigme dans le cadre de ce vote.

Au lieu que des acteurs de terrain se battent au niveau départemental pour porter à l’Assemblée nationale de grands responsables politiques confortablement installés sur la liste proportionnelle, nous avons pensé qu’il revenait aux grands responsables politiques d’aller affronter le suffrage direct des électeurs afin de porter des acteurs de terrain à l’Assemblée nationale.

Pour preuve, je suis tête de liste dans le département de Thiès et tous les grands responsables de la coalition notamment le président du comité électoral fédéral, le directeur de campagne et par ailleurs secrétaire général de la coalition, les présidents des différentes commissions et fédérations sont des suppléants sur la liste nationale.

Quel est votre objectif pour ces législatives, et comment comptez-vous vous y prendre pour y arriver ?

Notre objectif est de disposer de la majorité parlementaire pour la législature 2017-2022. C’est la condition qui nous permettra de pouvoir amener les mutations profondes aptes à redynamiser l’action parlementaire au Sénégal. Cela nous permettra, en fait, de pouvoir modifier durablement l’initiative parlementaire au Sénégal. Cela ne se fera pas sans le Peuple. Raison pour laquelle, nous faisons le choix pour atteindre cet objectif de lui redonner les pleins pouvoirs en lui permettant d’accéder à l’Assemblée nationale en sautant la case politique.

Le débat reste encore agité au sujet de l’organisation des élections au Sénégal au point où certains acteurs politiques récusent le ministre de l’Intérieur. Quel est votre avis sur cette question ?

En près de 40 ans d’action politique, je n’ai jamais vu une élection au Sénégal sans contestation sur les acteurs qui sont supposés les organiser. Cela fait même partie de l’Adn des élections au Sénégal. Je voue un respect immense à notre administration territoriale. Ma conviction est qu’elle est une administration républicaine et démocratique et qu’elle est en grande partie composée d’hommes et de femmes de valeurs et de principes. Je loue également l’esprit démocratique des Sénégalais et leur souci d’équité dans le déroulement du processus électoral. La conjonction de ces deux facteurs fait que toute irrégularité, si irrégularité il y a, ne saurait prospérer encore moins être tolérée. Je crois à la mobilisation des citoyens qui auront toujours le dernier mot.

Source : seneweb

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