L’étude « Behind the Scenes Sénégal », présentée au Musée Théodore Monod d’Art africain de l’Ifan-Ucad, souligne la persistance d’inégalités de genre dans les industries culturelles et créatives. Elle s’intéresse en particulier à la place occupée par les jeunes femmes tout au long de la chaîne de valeur culturelle.
Les résultats font ressortir une exposition importante au harcèlement sexuel. Selon Ousmane Faye, chercheur principal au Laboratoire de recherche sur les mutations économiques et sociales, 75 % des jeunes femmes actives dans ce secteur déclarent avoir vécu une telle expérience lorsque l’enquête applique une définition large. Avec une définition plus classique, cette proportion est d’environ 26 % parmi les femmes interrogées.
Des opportunités qui restent inégalement accessibles
La progression de la présence féminine dans les métiers artistiques ne se traduit pas, selon la restitution de la recherche, par un accès équivalent aux responsabilités, aux ressources, aux financements, à la formation ou à la reconnaissance. L’étude relève également des conditions de travail précaires, dans un environnement où les rapports de pouvoir demeurent fortement dominés par les hommes.
Elle évoque aussi les difficultés liées à l’accès aux opportunités, les limites du cadre juridique et les incertitudes entourant le financement public. Dans le théâtre sénégalais, la place durablement centrale de figures masculines telles qu’Alioune Badara Bèye et Marouba Fall est citée pour illustrer la difficulté des femmes à s’imposer dans les espaces de création, de décision et de reconnaissance.
Une enquête associant données et récits visuels
Les chercheurs ont combiné des données qualitatives et quantitatives avec la méthode participative dite « photovoice ». Celle-ci repose sur le récit d’expériences à travers l’image.
Au Sénégal, le travail a été mené par le Laboratoire de recherche sur les mutations économiques et sociales de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, en lien avec l’Institut supérieur des arts et de la culture. Treize chercheurs de moins de 35 ans y ont participé, dont dix femmes.
Lors de la présentation, Amy Kébé Mané, représentant le recteur de l’Ucad, a mis en avant la portée institutionnelle de l’initiative ainsi que le rôle de la Direction de l’inclusion, du bien-être et du développement humain créée au sein de l’université.