Le tribunal administratif de Caen a suspendu, le 31 août, la décision de la mairie de Deauville de retirer une photographie de Gaza présentée au festival Deauville Sport Images. La ville devra verser 1 000 euros à l’Observatoire de la liberté de création (OLC), à l’origine du recours en justice.

Le cliché, réalisé pour l’agence Associated Press par le photojournaliste palestinien Jehad Alshrafi, montre deux équipes de football disputant un match sur un terrain synthétique à Gaza, devant des spectateurs et sur fond d’immeubles détruits par des bombardements israéliens. Il était exposé sur l’esplanade du port depuis le 6 juin, avec d’autres images consacrées aux valeurs du sport, et devait y rester jusqu’au 6 septembre.

La mairie invoquait l’ordre public

La décision de retrait avait été prise le 20 août. La municipalité avait fait état d’un risque de trouble à l’ordre public et d’un important volume de réactions hostiles sur les réseaux sociaux. Elle avait également estimé que l’image pouvait raviver des douleurs. Dans une communication antérieure, elle avait précisé que la photographie n’était pas, selon elle, « pro-Hamas ».

À l’audience, l’avocate de la commune a défendu une mesure nécessaire et proportionnée au regard de la sécurité publique. La ville n’a toutefois signalé ni incident ni manifestation depuis l’ouverture de l’exposition.

Un risque non établi pour le juge

Le juge des référés a considéré que le retrait ne répondait pas aux exigences d’une mesure nécessaire, adaptée et proportionnée pour préserver l’ordre public. L’OLC, association rattachée à la Ligue des droits de l’Homme, soutenait que la menace avancée par la mairie n’était pas démontrée. Son avocat a notamment évoqué 127 réactions en ligne, réparties sur le territoire français et non concentrées à Deauville ou dans le Calvados.

La suspension prononcée par le tribunal ouvre la voie au retour de l’œuvre dans l’exposition. La mairie avait indiqué qu’une réimpression sur bâche nécessiterait six jours. La présidente de l’OLC, Agnès Tricoire, a pour sa part estimé qu’une remise en place pourrait intervenir plus rapidement si le support initial n’avait pas été détruit.