À Abéné, dans le département de Bignona, le « Banta Woro » domine le paysage et les récits du village. Ce fromager, présenté comme millénaire, est formé de six arbres réunis autour d’un même tronc. Son nom signifie « les six fromagers d’Abéné » et renvoie, selon les traditions rapportées, aux six quartiers fondateurs de la localité.
Situé dans ce village de la commune de Kafountine, l’arbre est à la fois un repère patrimonial, un lieu sacré et une attraction pour les visiteurs de Casamance. Des singes à la fourrure rousse y vivent également, d’après les observations relatées par Le Soleil.
Des prières organisées sous l’arbre
Chaque lundi et vendredi matin, des femmes du village se retrouvent sous le Banta Woro pour des libations et des prières consacrées à la protection d’Abéné. Elles sont décrites comme les gardiennes de cette pratique transmise au fil des générations.
Le lieu accueille aussi des personnes venues solliciter des bénédictions. Selon Mamadou Konta, guide et acteur du tourisme local cité par le quotidien, le rituel prévoit notamment l’apport d’un seau d’eau, mêlée à l’eau sacrée du site avant un lavage symbolique de la personne concernée. Le cérémonial comporte également des règles de comportement après les prières.
Entre croyances locales et fréquentation touristique
Des femmes espérant une maternité figurent parmi les personnes qui se rendent sous le fromager pour prier. Mamadou Konta rapporte aussi l’histoire d’un arbitre français qui aurait demandé des prières avant la Coupe du monde de 1982, en Espagne, puis serait revenu remercier les femmes après avoir été retenu parmi les officiels. Ce récit est présenté comme une anecdote devenue légende locale.
Au-delà des rites, le Banta Woro constitue un point de passage pour de nombreux voyageurs à Abéné. Certains viennent y prendre des photos, d’autres s’y recueillir. Pour les acteurs locaux, ce fromager représente ainsi l’un des piliers du tourisme en Casamance, à la croisée de la mémoire du village, des croyances et de l’accueil des visiteurs.