Les habitants de l’Alberta votent lundi dans le cadre d’une consultation provinciale de dix questions. L’attention se concentre sur la dixième, qui leur demande de choisir entre le maintien de la province au sein du Canada et un mandat donné au gouvernement albertain pour organiser un référendum contraignant sur l’indépendance.

Les résultats sont attendus tôt mardi. Les sondages cités avant le vote donnaient moins de 25 % d’opinions favorables à une sécession parmi les quelque cinq millions d’habitants de cette province de l’Ouest canadien.

Un dossier pétrolier au cœur du débat

Les séparatistes placent au centre de leurs revendications les vastes ressources en sables bitumineux de l’Alberta, qui détient les quatrièmes réserves prouvées de pétrole au monde. Ils accusent le pouvoir fédéral d’avoir freiné le secteur pétrolier par ses règles environnementales durant le mandat de l’ancien Premier ministre Justin Trudeau.

Le Premier ministre canadien Mark Carney, originaire de l’Alberta, s’est personnellement engagé dans la campagne contre la sécession. Il a aussi fait d’un projet de nouvel oléoduc entre l’Alberta et la côte Pacifique un axe de sa stratégie : l’objectif est de réduire la dépendance canadienne au marché américain et d’accroître les exportations vers l’Asie.

Une consultation après l’annulation d’une initiative populaire

Le mouvement indépendantiste, longtemps marginal, avait réuni en mai assez de signatures pour déclencher un référendum d’initiative populaire. Un juge local l’a ensuite annulé pour des motifs constitutionnels.

Danielle Smith, dirigeante conservatrice de la province, est opposée à l’indépendance, bien que son parti compte des séparatistes. Elle a néanmoins décidé d’organiser cette consultation. Des analystes rapprochent ce choix de la démarche ayant conduit au référendum britannique sur le Brexit en 2016. Mark Carney, alors gouverneur de la Banque d’Angleterre, a rappelé les incertitudes économiques qui avaient suivi ce vote.

Inquiétudes sur la campagne numérique

La campagne a aussi été marquée par des contenus manipulés via l’intelligence artificielle et par des accusations d’ingérence américaine. Des contacts entre des séparatistes albertains et l’administration Trump, reçus au département d’État, ont suscité une controverse au Canada. Elon Musk a également appelé publiquement l’Alberta à quitter le Canada.

Le directeur du Media Ecosystem Observatory de l’Université McGill, Aengus Bridgman, a averti qu’une partie de la population pourrait considérer le scrutin comme injuste ou truqué. Mark Carney a demandé aux gouvernements étrangers, y compris aux États-Unis, de ne pas intervenir dans le processus.