Face aux épidémies de peste et de grippe espagnole, El Hadji Malick Sy, également connu sous le nom de Maodo, avait défendu des mesures de prévention et le recours aux médecins. Il recommandait notamment de signaler les personnes malades plutôt que de les cacher, de respecter les quarantaines et d’éviter les lieux insalubres ainsi que les eaux stagnantes.

Ces orientations sont rapportées dans le cadre des crises de peste de 1914 et 1916, puis de la grippe espagnole entre 1917 et 1919. Le guide religieux avait alors rédigé un traité consacré à la médecine préventive, dans un contexte de surveillance des marabouts et de répression coloniale sous l’administration de William Ponty.

La compétence médicale mise en avant

El Hadji Malick Sy insistait sur l’application des conseils donnés par les médecins. Pour l’historien et anthropologue social El Hadji Samba Diallo, cette reconnaissance du savoir médical traduit l’idée que les compétences spécialisées doivent contribuer à la protection des populations durant les crises sanitaires.

Le chercheur évoque une articulation entre foi, connaissance scientifique et responsabilité collective. Selon cette lecture, le soutien apporté aux mesures sanitaires ne signifiait pas une adhésion au projet colonial, mais l’appui à une cause jugée utile pour les populations.

Une ouverture à l'instruction et aux savoirs

Cette approche sanitaire s’inscrivait, selon les éléments rapportés, dans une conception ouverte de la modernité. Maodo ne considérait pas que l’instruction, la médecine ou les technologies étaient incompatibles avec les valeurs religieuses, dès lors qu’elles servaient l’intérêt général.

El Hadji Samba Diallo indique aussi qu’il n’interdisait pas à ses disciples de fréquenter les écoles françaises. L’instruction était ainsi présentée comme un moyen de transmettre des savoirs tout en préservant l’identité religieuse.

Le souvenir des politiques contre la peste

Mouhamadou Mounirou Sy, professeur de droit public à l’Université de Thiès, affirme que Guet-Ndar a été épargné par un projet du Gouverneur visant à brûler des habitations afin de freiner la peste sur l’île. Il relie cette décision au refus des habitants de se faire vacciner.

Des travaux cités de Myron Echenberg, Joe Lunn et Liora Bigon mentionnent l’appui d’El Hadji Malick Sy aux politiques sanitaires coloniales destinées à contenir les épidémies. Après la peste de 1914, le quartier Ponty-Ville à Dakar, devenu la Médina, a été créé ; le nom de Médina aurait été proposé par Maodo.